Six mille ans díhistoire

Après les pasteurs du Cardial, connus à Arnayon vers 6 000 ans av. J-C. , les Chasséens ont laissé d'abondantes traces de leurs activités dans les grottes des Sadoux, de Reychas et du Trou-Arnaud dont les porches servirent d'habitat, de bergerie ou de lieu d'offrande. Vers 4 000 ans av. J-C. , ces premiers agriculteurs cultivaient des pois et diverses variétés de blé. Ils élevaient des moutons, des chèvres et chassaient le chamois et le cerf. Plusieurs haches en pierre polie, trouvées à Brette, à Chalancon, à Volvent, remontent à cette même époque néolithique. Des poteries campaniformes et du bronze final à Reychas, des sépultures chalcolithiques au Trou-Arnaud, un fer de javelot à Gumiane attestent la persistance du peuplement au cours de l'âge des métaux.

La Roanne, présentant peu de terroirs plats développés, se prêtait mal à la mise en valeur intensive que connurent les autres vallées Dioises à l'époque gallo-romaine. Aussi, si l'on a signalé des tuiles à rebords dans pratiquement toutes les communes, les découvertes significatives restent rares. Un seul site de villa est aujourd'hui localisé, au quartier des Gros d'Aucelon, d'où proviennent des débris de tegulae, de dolia, de céramique commune grise et de sigillée. Une monnaie du 3e siècle ap. J.C. a été retrouvée à la Haute Gumiane.

En revanche, au 13e siècle, lorsque apparaissent les premiers textes, tout est en place, y compris le nom de la région appelée le Désert dès 1231. Cette appellation reste une énigme : vient-elle de la montagne autrefois pelée qui porte ce nom et qui constitue la limite méridionale du bassin versant sur la commune de Chalancon où rappelle-t-elle le maigre bénéfice qu'en tirait l'évêque de Die ? Toujours-est-il qu'en 1275 l'archipresbiteratus de deserto s'étend loin au sud jusqu'au Pègue et au Poët-Laval. Dans la vallée même, le réseau ecclésiastique est serré avec six curés et cinq prieurs qui dépendent parfois de Maisons éloignées, Cruas pour Brette, Aurillac pour Saint-Nazaire. Les frères hospitaliers se sont installés à Rochefourchat et à Saint-Jean de Chalancon.

A la même époque, la Roanne est toute hérissée de châteaux forts, perchés sur des sites qui peuvent paraître aujourd'hui extravagants (Auribel, Betton, Petit-Paris ... ), mais qui répondent à une autre logique de la circulation. Point de chemin en effet au fond de la vallée, mais tout un réseau de sentiers muletiers qui évitent les gorges et utilisent au mieux les replats, les pas et les cols.

Faute d'archives communales, la vie des gens au cours du moyen âge et même de l'ancien régime est mal connue. Les seigneurs sont du Diois, comme les Isoard ou les Artaud, du Sud comme les Sahune. Les redevances payées au milieu du 16e siècle en froment, en avoine, en seigle, en orge, en poules ou en fromages, donnent une idée des activités pratiquées. On connaît un peu mieux la vie religieuse grâce aux visites épiscopales. En 1509, beaucoup d'églises sont délabrées. En 1644, toute la partie orientale, la plus proche du Diois réformé, est passée au protestantisme : les huguenots comptent 328 familles contre 255 catholiques. Les églises d'Aucelon, de Volvent, des Gleyzolles, de Merlet tombent en ruine.

Les réponses au Questionnaire de 1789 mettent l'accent sur l'étroitesse du terroir cultivé, le manque de bois, les difficultés de la circulation, les charges qui pèsent sur les communautés. Elles indiquent aussi un élargissement des cultures, avec les vignobles dans la basse vallée et les pommes de terre partout. Les arbres fruitiers sont souvent cités, en particulier les noyers. L'élevage du mouton est largement prédominant, devant les chèvres et les mulets.

Au 19e siècle, la population atteint des sommets étonnants : 3400 habitants pour l'ensemble du bassin en 1831. Les catholiques ont repris presque partout le dessus : ils sont 2165 contre 533 protestants en 1866. En 1848, Brette et Pradelle connaissent des apparitions mariales qui rappellent celles de la Salette mais ne sont pas reconnues par la hiérarchie catholique.

Malgré le rôle de véritable centre tenu par Saint-Nazaire, ses commerces, ses artisans et ses foires, l'impression d'écartèlement entre la vallée de la Drôme, le Diois et les Baronnies persiste. C'est la route, construite lentement par tronçons et en partant des deux extrémités, Bouvières et Espenel, qui va créer enfin l'unité du Désert. Le pays a déjà perdu une bonne partie de sa population : 2043 habitants en 1895 au moment de l'inauguration du CD 135. Le désenclavement et la Grande Guerre vont encore accentuer la dépopulation. En 1920, la Roanne ne compte plus que 1340 habitants.
L'espoir que constitue l'exploitation minière de Brette ne dure que quelques années. Peu à peu, l'Etat rachète les terres laissées en friche pour les reboiser et y interdire le pacage des moutons. " Partout on a l'impression que la mort vient à grand pas " écrit Raoul Blanchard en 1911.

Aujourd'hui, la Roanne est toujours vivante, mais ses problèmes se sont amplifiés. La poursuite du déclin démographique a réduit la population à 457 habitants en 1990, et à 135 actifs dont 20 travaillent à l'extérieur de la vallée. La quasi-totalité des services publics et des commerces a disparu.

L'agriculture de montagne connaît de sérieuses difficultés, malgré la courageuse obstination de quelques familles. Les labours se réduisent désormais à quelques dizaines d'hectares et les exploitations survivantes se consacrent presque exclusivement à l'élevage des chèvres et des moutons ainsi qu'à la culture de la lavande. Et l'on voit mal, comme partout ailleurs dans l'arrière-pays Drômois, quelles activités nouvelles ou originales pourraient animer l'hiver et attirer de nouveaux habitants permanents.

Il reste la belle agitation de l'été. Saint-Nazaire offre des équipements non négligeables et la Roanne un réseau étendu de sentiers pédestres, équestres ou VTT, bien balisés. Dans la basse vallée, les eaux pures de la rivière attirent de nombreux baigneurs ou pêcheurs. Plus haut, les grandes solitudes des forêts de pins, les pelouses des crêtes, les sources et les grottes secrètes sont fréquentées par les amoureux d'une nature préservée... Avec le développement de la civilisation des loisirs et la mode du tourisme vert. Le Désert pourrait-il devenir une chance?