ORIGINE DU NOM

Primitivement (1231) cette communauté était désignée sous l'appellation de " Montanègue", qu'elle garde encore en 1450.

Le château féodal se trouvait sur le serre des Tours, de même que l'église dédiée à Saint Philibert. Il semble que le village se soit trouvé aussi dans le quartier de Montanègue, ainsi que l'atteste la visite de l'Evêque de Die, Charles-Jacques de Leberon, le 16 mai 1644. Elle mentionne que "autrefois l'esglise estoit à Montanègues près dudit Saint Nazaire sous le vocable de Saint Philibert. Maintenant ladite esglise et ledit village sont ruinés".

Mais le pouillé du diocèse de Die de 1275 mentionne un prieur de Saint Nazaire du Désert, ce qui suppose déjà la présence, au confluent de la Roanne et de la Lance, d'une église monastique, sans doute antérieure même à celle du village perché de Montanègue. Un pouillé du siècle suivant mentionne encore un curé de Saint Nazaire et la visite pastorale de 1509 confirme le caractère paroissial de l'église Saints-Nazaire-et-Celseen-Désert.

Cette dernière appellation est significative : elle montre en effet le besoin de distinguer le village de St-Nazaire-le-Désert d'homonymes comme Saint Nazaire-en-Royans. Quant à l'archiprêtré du Désert, il faut savoir qu'il correspondait à la portion du diocèse de Die située entre les vallées de la Drôme et de l'Eygues et qu'il devait cette appellation au Désert, montagne située sur la commune de Chalancon, dont le nom se donnait quelquefois, par extension, à toute la partie Nord-Ouest du secteur de La Motte-Chalancon.

Le village lui-même paraît être sur son emplacement actuel depuis le 14me siècle. Sans doute les noms de Saint Nazaire et de Montanègue ont-ils été employés l'un pour l'autre durant un certain temps, puisqu'on cite au XIVsiècle le curé de Saint Nazaire et en 1475 celui de Monte Negues. Montanègue tenait-il son nom du domaine d'un Gallo-Romain appelé Montanus? Le fait est loin d'être établi. En tout cas, il faut dire Montanègue et non Montanègre.

 

LE VILLAGE

On ne sait, pour le moment, rien sur la construction de notre village a son emplacement actuel. On en est réduit à des suppositions et déductions. En tout cas le site garde la trace d'une occupation à l'époque gallo romaine : on a trouvé des fragments de tuiles à crochets dans le sol à proximité de la boulangerie.
En 1287, le seigneur Jean de Sahune, qui avait été remis en possession de la terre de Montanègue par le chapitre de Die, plaça sa bannière sur la forteresse comme étant le seul maître du château. Le château et le village sont donc encore à Montanègue.

 

D'après la légende, le château féodal aurait été détruit par un incendie. Il fallait donc en construire un autre en un lieu plus accessible que l'ancien. Cela expliquerait la construction du nouveau château au confluent de la Roanne et de la Lance. Mais sans doute avons-nous là un exemple de plus de ce phénomène d'abandon, au moins partiel, des habitats perchés, consécutif dans le Diois, à la désertification du XIVème et du début du XVème siècle.
Le chur à chevet plat de l'église paraît remonter au XVème ou au début du XVIème siècle. Le linteau de la porte d'une maison située presque en face de notre bureau de poste garde la date de 1560 ; un autre linteau de porte celle de 1580 (maison Jouve).

En 1586, il paraît y avoir une communauté bien organisée dirigée par deux consuls, puisque ceux-ci passent cette année un bail de location du four bail renouvelé en 1587.

En 1629, il y a une délibération des consuls et des habitants de Saint Nazaire pour la reconstruction partielle de leur église et du pont sur la Roanne. En 1639, une délibération prise en assemblée générale de Saint Nazaire fait défense de sortir les chèvres hors du troupeau conduit par le berger communal, afin d'assurer la conservation des bois de l'Hubac et de la

Touque. En 1700, les consuls donnent à bail la garde de la chabrerie.

Le 9 mai 1710, les habitants de Saint Nazaire sont convoqués par le lieutenant du Châtelain et les consuls sur la place des Cheneviers, où l'on est accoutumé à réunir les assemblées de la communauté à l'issue de la messe dominicale. L'assemblée doit donner son avis sur les moyens de paiement d'une somme de 11 000 livres due au seigneur. Le rôle de taille établi à cet effet montre bien qu'il y a là une communauté qui fonctionne comme une commune.

On y trouve un châtelain, des consuls, un notaire, un maître d'école, une sage-femme, un garde-champêtre, un curé, un marguillier. Il y avait des artisans de tous les métiers : bâtier, tisserand, tisseur de toile, maître chapelier, cardeur de laine, charpentier, ménager, laboureur, etc...

La population est déjà importante puisque le recensement de 1724 indique 991 habitants dans la paroisse.
Mais tout cela ne nous permet pas de savoir comment était le village. Cependant l'indication de place des Cheneviers suppose que des constructions entouraient cet endroit.
Un arbre de la Liberté (un peuplier d'Espagne) fut planté lors de la Révolution de 1789 sur la place de la Crotte, à peu près dans l'angle sud-est. Des personnes âgées(1) se souviennent bien de cet arbre, qui fut abattu vers 1905-1906. Il ne figure plus sur une photo de la place prise le jour de la vogue, probablement en 1907. Le registre des délibérations du conseil municipal reste muet sur l'abattage de l'arbre.

Rien non plus au cours de la période révolutionnaire qui nous permette d'avoir une idée de la configuration de notre village.

En 1815, le conseil municipal décide, avec l'accord des habitants du village, d'amener la source de l'Hubac dans le centre du village.
Il nous faut arriver en 1831, année de l'achèvement du cadastre, pour nous apercevoir qu'il y avait là un village important avec une rue principale, des rues et ruelles secondaires (viols), des places.

Vers ce village convergeaient, si l'on peut dire, des sentiers muletiers provenant des paroisses voisines. De là partaient aussi les chemins allant à la Motte-Chalancon, Die, Saillans, Dieulefit.
Les places avaient pour nom le Chenevier, le Clédan, la Crotte ou Centre, le Gaure. Le Brouas n'existait pas. Au Chenevier on cultivait ou rouissait le chanvre ; la Crotte tirait son nom de la proximité de la voûte (crypta) surplombant la rue ; le Clédan était la cour du château où les marchands proposaient leurs marchandises ; enfin le Gaure (prononcez Gaouré), où il y a de la boue, était le passage à gué de la Roanne. La place du Brouas (en pente) ne s'est créée qu'avec la construction du pont et de la route de la Motte-Chalancon.

La plus ancienne description du village nous est donnée par Adrien Piollet dans ses mémoires (Un bourgeois). Piollet raconte que, venu rendre visite à ses grands-parents, une première fois en 1820, puis en 1837, il a, après avoir parcouru à dos de mulet les rudes chemins de la Chaudière et de Rochefourchat, été très favorablement impressionné par les environs de Saint Nazaire, les bords de la Roanne où il y a de jolies prairies, de belles cultures. Quant à l'agglomération, il lui attribue 1200 âmes. Il la décrit ainsi :
" Après avoir dépassé quelques maisons (2), on arrive à une petite place au fond de laquelle s'ouvre une voûte sombre(3). La voûte débouche sur la rue principale, à l'origine de laquelle est un passage montueux, menant à une place(4) où s'élève un grand bâtiment sans caractère qu'on appelle le château. La rue elle-même, large de six ou sept mètres au plus, est fort longue, rarement en ligne droite, et se distingue soit par l'architecture souverainement fantaisiste de ses maisons, soit par le mépris des habitants pour les règles de police et de l'hygiène publique. Chacun, en effet, organise devant sa porte des fosses à fumier et laisse vaquer au hasard ses chèvres ou ses porcs".
Si l'on compare le plan cadastral de 1831 avec celui rénové en 1963, on voit que l'ensemble n'a, malgré de notables améliorations apportées en un siècle, guère changé.

Certes, la rue principale a été élargie, redressée, nivelée, les maisons alignées en 1898, la voûte surplombant la rue à hauteur de l'ancienne forge Jouve démolie, des égouts construits...
Mais les maisons, dont certaines ont trois ou quatre siècles, sont toujours là. Celle abritant le four communal, place du Chenevier, vendue comme bien national le 19 octobre 1813, est toujours là. Le four a continué à cuire le pain jusqu'en 1907 ou 1908.Il y avait au centre du village une petite cour qu'on appelait le "jeu de paume " ; elle existe toujours. Le quartier des Terrasses (à hauteur du terrain de camping), qui comprenait une dizaine de maisons, avec une petite rue, a été complètement démoli. Des constructions nouvelles,dont la plus importante est le groupe scolaire (1900-1902), sont venues au début du 20me siècle donner un petit air moderne au village. Des platanes et des tilleuls ont été plantés en mars 1896. La construction du chemin vicinal de grande communication no 35, au cours de la deuxième moitié du 19me siècle, va complètement modifier notre village. Les travaux d'infrastructure du pont du Chenevier sont adjugés le 27 mai 1895 à Vanoni, qui a fait un rabais de 12% (8 421 F.) Les travaux du pont lui-même sont adjugés le même jour à Courtet, qui a fait un rabais de 5%, pour la somme de 7 555 F. L'ouvrage est terminé le 22 août 1896.Si la construction du pont du Chenevier n'a pas posé de problèmes, celui du Brouas va, après sa construction, en poser de nombreux à la municipalité et à l'administration.

L'ancien chemin de Saint Nazaire à Gumiane, dont l'amorce se trouve à une vingtaine de mètres des maisons de Barachi, franchissait la Roanne à environ 150 mètres plus loin à gué ou sur un pont de bois. Ce chemin fut abandonné après la construction du chemin I.C. 35 et du pont du Brouas. Celui-ci fut emporté par une crue de la Roanne en octobre 1863. Il allait être reconstruit avec les mêmes matériaux, les travaux étaient même commencés, lorsque le conseil municipal s'avisa qu'il serait plus judicieux et à peine plus onéreux de le construire en maçonnerie, ce qui fut fait en 1867-1868. Mais son existence allait être brève, car une nouvelle crue de la Roanne l'emporta le 27 août 1881, entraînant en même temps de sérieux dégâts dans la partie basse du village et dans la vallée. Il fallait le reconstruire en totalité, ce à quoi s'employèrent la municipalité et l'administration (1884-1886). Les travaux furent adjugés le 15 octobre 1884 à Banville, de Pierrelatte, pour la somme de 27 469 F. L'ouvrage paraissait à toute épreuve, avec ses piles en maçonnerie, son tablier en poutres métalliques. C'était compter sans la Roanne, un filet d'eau en été, mais aux crues subites et importantes. L'une d'entre elles, survenue le 7 septembre 1887, atteignant le niveau de 1881, affouilla la pile de la rive droite et entraîna l'affaissement du tablier sans cependant l'emporter. Le tablier fut relevé avec des vérins et replacé sur une pile neuve. Les travaux avaient été adjugés à Vanoni, qui avait fait un rabais de 12%. Dépense : 13 000 F. Les abords furent reconstruits et l'ouvrage a bien résisté depuis à de nouvelles crues de la Roanne.
Et, petit à petit, la place du Brouas a pris son aspect actuel, surtout depuis la construction du chemin I.C. 35 sur la Motte-Chalancon. Elle était devenue une surface à peu près plane, sur laquelle la municipalité fit installer en 1895 un pont-bascule, qui a été démoli en 1983 parce que devenu sans emploi. En effet, établi pour peser des charrettes, il ne convenait plus pour des camions ou de grosses remorques de tracteurs. Seule la petite cabane abritant les instruments demeure au milieu de la place, inutile.

L'établissement en 1913-1914 de fontaines publiques allait améliorer considérablement la vie des habitants du village. On installa un bassin sur la place du Chenevier, un autre avec lavoir sur la place du Gaure, des robinets au Clédan et au Brouas. Le bassin octogonal construit en 1813 au milieu de la place de la Crotte, devenue ainsi place de la Fontaine, fut déplacé contre le mur et et la fontaine de l'Hubac renforcée par un tuyau provenant de la source du Péchier.
L'action de la municipalité reprit en 1932 par l'installation de l'électricité dans le village, avec l'emploi de la chute d'eau du moulin Touring. Mais la force fournie par cette chute était insuffisante pour l'éclairage des fermes. Aussi la municipalité décida-t-elle en 1934 d'adhérer au réseau départemental d'électricité Mascart et Hallez. Cela fut l'occasion d'incidents provoqués par des adversaires du projet, qui fut néanmoins maintenu. La totalité de la commune ne fut cependant desservie par le courant électrique qu'après la guerre de 1939-1945.

L'installation d'un relais de télévision (1 ère chaîne) sur la montagne de la Jarille, desservant la commune de Brette et le village de Saint Nazaire, en 1961, marque une date importante dans la vie de notre village. Mais de nombreuses fermes situées dans des vallées ne pouvaient capter les émissions. Le relais de la Jarille fut amélioré et put recevoir les trois chaînes (1981), mais il fallut attendre 1983 et l'installation de relais complémentaires à Reychas et au Clot la Roche pour que l'ensemble de la commune reçût dans de bonnes conditions les émissions.
Si l'on ajoute à cela le goudronnage de toutes les rues et places du village, un renforcement de l'adduction d'eau par le captage de la source de la Font de l'Homme, la réfection de l'installation électrique dans le village et la suppression des poteaux en ciment plantés par l'Electricité de France un peu partout sur les trottoirs ou sur les places, on se fait l'image d'un petit bourg pourvu des aménagements modernes, où il fait encore bon vivre, loin du bruit et de la pollution.
Vers 1971, la municipalité voyait arriver le moment où il n'y aurait plus d'établissement d'accueil dans notre village, hôtel ou restaurant.

L'ancien château se trouvait à vendre. Le conseil municipal décida de l'acheter avec le terrain attenant, ce qui fut fait le 31 août 1972.
Une société par actions, appelée l'Auberge du Désert, jouissant d'une forte participation d'habitants de la commune ou amis de Saint Nazaire, se constitua pour installer une auberge dans le château, passa une convention de location avec la commune, et fit entreprendre les travaux nécessaires. L'Auberge du Désert s'ouvrit avec bar, restaurant et cinq chambres en mai 1975. La construction de quatre autres chambres s'acheva en décembre 1975. Le fonds fut vendu en 1983 à un particulier (M. et Mme Leydier), qui l'exploite actuellement.

Deux autres établissements, un hôtel-restaurant-tabac et un restaurant, ont été créés depuis, ce qui fait que notre village est, sur ce point, particulièrement bien desservi.
Le terrain attenant au château a servi à l'établissement d'une base de loisirs (camping pour 50 tentes et caravanes, piscine), qui fut inaugurée le 27 juillet 1978 par le Préfet de la Drôme, M. Bernard de Pelagey, en présence de nombreuses personnalités, dont M. Merz, Sous-Préfet de Die, M. Mourier, Conseiller Général de la Motte-Chalancon, M. Arcolier, Maire de Saint Nazaire-le-Désert et son conseil municipal (Dauphiné Libéré, 28 juillet 1978).
Il y avait quelque 80 ans qu'un préfet n'était venu en visite officielle dans notre commune (1895) !

DENOMBREMENT DES FAMILLES

DENOMBREMENT DE LA POPULATION

On voit qu'au cours de 182 ans, de 1800 à 1982, la commune a perdu 945 habitants, soit 82,74%.

Elle en avait perdu 153 en l'espace de 46 ans (entre le recensement de 1800 et celui de 1846).

Il a paru intéressant de rapporter comment était répartie la population dans la commune (village et divers quartiers) en 1846 afin de pouvoir comparer cette répartition avec celle de 1981.

(1) M. Louis Michel, 96 ans, et M. Justin Laudet, 85 ans, en mai 1985.

(2) Notre voyageur, qui venait de la rive gauche de la Roanne. avait dû traverser la Lance, puis peut-être franchir la Roanne par le pont de l'église et remonter l'actuelle rue de la poste.

(3) Démolie en 1898.

(4) Place du Clédan.

 

 

Extrait du Livre d'Emilien Blain avec l'autorisation de Patric Blain