Les démarches faites auprès de l'administration des Postes ne durent guère avoir d'effets puisque dix ans plus tard, le 9 novembre 1882, le conseil municipal de Saint Nazaire constatait que les dépêches arrivant à la Motte y séjournaient jusqu'au lendemain 6 heures et n'arrivaient à destination qu'avec un jour de retard. Le conseil propose que le facteur résidant à Saint Nazaire parte entre 7 et 8 heures, lève la boîte de Rochefourchat et se rende à la Chaudière, où il arriverait vers midi. Là, il rencontrerait le facteur venu de Saillans. Après échange des correspondances, les deux facteurs regagneraient leurs points de départ respectifs. Le facteur parti de Saint‑Nazaire aurait un temps plus que suffisant (!) pour faire sa distribution à Rochefourchat et au village de Saint‑Nazaire ! Le conseil municipal estimant que ces propositions créeraient une tournée moyenne n'excédant pas 28 ou 30 kilomètres et qu'elle était dès lors praticable.

On ne sait si l'administration des Postes répondit à ces requêtes. Toujours est‑il que le conseil municipal, le 28 mai 1885, notait que le courrier arrivait à la Motte à midi et 7 h. du soir (ces deux courriers devaient venir l'un de Nyons et l'autre de Die). Il constatait aussi que les dépêches à destination de Volvent, Brette, Chalancon et Saint‑Nazaire y séjournaient jusqu'au lendemain 6 ou 7 heures. Il faisait de nouvelles propositions. Le facteur partant de la Motte à 6 h. du matin pour venir à la Grange de Faucon ne partirait plus qu'à midi, après l'arrivée du courrier de 11 h., et apporterait les dépêches à Chalancon, où il rencontrerait le facteur de Brette vers une heure et demie. Après quoi, il se dirigerait vers Chamauche, où il rencontrerait le facteur de Saint‑Nazaire vers deux heures et demie. Il lui resterait encore un temps suffisant pour faire sa distribution au village de Chalancon et rentrer au bureau de la Motte avant le départ du courrier de 4 heures.

Ce mode de distribution avait l'avantage de permettre la distribution des dépêches le jour même de leur arrivée à la Motte. Celles provenant de Die, arrivant par le courrier de 7 h. du soir, ne subiraient qu'un retard de quelques heures.

Ces dernières propositions n'obtinrent pas plus de succès que les précédentes. Une nouvelle demande, faite le 23 septembre 1888, nous donne des précisions intéressantes sur l'organisation du service à ce moment‑là. Le facteur Arnaud partirait de la Motte après l'arrivée du courrier de midi. Il viendrait jusqu'au hameau de Chamauche, où il rencontrerait le facteur Chauvet, parti de Saint‑Nazaire à 11 heures du matin. A son retour, ce dernier ferait la distribution dans les fermes sur son parcours et dans le village de Saint‑Nazaire, soit 24 km. La tournée du facteur Chancel (Brette) serait maintenue. Il partirait de Saint‑Nazaire le matin, pour être de retour à 11 h. Le facteur Galibert partirait de Saint‑Nazaire le matin et desservirait Rochefourchat et Pradelle pour être de retour à 11 h. Sa tournée, ainsi composée, pouvait être évaluée à 28 km, lorsqu'il serait obligé d'aller au hameau des Gleyzolles, point extrême de la commune de Pradelle...

Il faut atteridre le 14 mai 1895 pour que le conseil municipal soit enfin informé d'un voeu du Conseil Général, tendant à la création d'un bureau de poste à Saint‑Nazaire et à l'établissement d'un courrier en voiture de Saint‑Nazaire à Saillans. Il faut dire que la route de Saillans venait d'être achevée en avril.

Le conseil municipal donnait son accord. L'administration des Postes répondit que, Saint‑Nazaire n'étant qu'au 914me rang en France et au 14me dans la Drôme, la demande ne pourrait être examinée avant un délai de 18 ans ! Aussi, le conseil municipal demande‑t‑il la création d'une recette auxiliaire et d'un bureau de télégraphe municipal, le gérant étant payé à raison de 250 à 300 F. par an, les 3 000 F. demandés par l'administration pour l'installation du télégraphe pouvant être couverts par souscription et par un emprunt, sur 10 ans.

 

Le 18 mai 1896, le conseil autorise le maire à faire toutes les démarches nécessaires auprès de l'administration des Postes et à souscrire aux obligations réglementaires (fourniture du local, personnel de gérance et de distribution, prise en charge de la part des frais d'installation incombant à la commune: 250 F. pour la pose des appareils, 100 F. par km de ligne aérienne et 50 F. par km de fil à poser sur appuis déjà placés). Le 16 août, le conseil était appelé à délibérer sur le projet chiff ré de mise en place des services s'élevant à 2 468 F. Le même jour, le conseil nommait Adèle Faure gérante de la recette auxiliaire rurale et du bureau télégraphique, et son mari piéton porteur de dépêches, moyennant une rétribution de 30 F. par an.

 

La création était approuvée à la secrétairerie d'Etat aux Postes et Télégraphes le 23 octobre 1896.

 

Mais revenons au 25 août 1895, date à laquelle la route départementale no 135 fut inaugurée par M. le Préfet. Le maire, Théodore Aubert, dans son discours, demanda, entre autres choses, l'ouverture d'un bureau de poste. Le préfet lui répondit : On ne peut rien vous refuser ; vous aurez votre bureau de poste.

 

La promesse du préfet paraît bien avoir eu une suite favorable, puisque le conseil municipal s'engage, le 11 juillet 1898, à mettre à la disposition de l'administration des Postes, à titre gratuit, pendant 18 ans, le local nécessaire pour un bureau de poste et le logement du titulaire et autorise le maire à en traiter avec Marius Gleize. On a pu retrouver le premier bail passé entre Marius Gleize et le maire. Il est daté du 31 août 1898 et prenait effet le 1 er septembre de la même année. Ce bail était conclu pour le prix annuel de deux cents francs. On peut donc situer l'ouverture de ce bureau de poste au ler septembre 1898 ou à une date très proche.

 

Le premier titulaire du poste de receveur fut Barral, remplacé par la suite par Mme Favier.

On ne sait pas comment fonctionnait le service des postes dans la première moitié du 19me siècle chez nous.

 

Il y avait cependant un service, puisqu'une correspondance datée du 22 brumaire an 10 était libellée : Au citoyen Arnaud Simon propriétaire à Saint‑Nazaire‑le‑Désert par Saillans.

 

Des recherches effectuées dans différents dossiers ont permis de lever un peu le voile qui couvrait le fonctionnement de ce service et remonter vers le milieu du 19me siècle.

 

C'est ainsi que nous avons découvert une demande, faite par le conseil municipal de Saint‑Nazaire le 21 mai 1872, concernant l'amélioration du service postal. Ce dernier existait donc déjà !

 

Il faut, pour le comprendre, se placer toujours dans le contexte local et ne pas perdre de vue que nous sommes dans une région où n'existe, à l'époque, aucune voie carrossable et où tous les déplacements doivent s'effectuer à pied ou à dos de mulet.

 

Le courrier destiné à Saint‑Nazaire arrivait à la Motte‑Chalancon, vraisemblablement venu de Nyons, à 11 heures du matin et séjournait dans ce bureau jusqu'au lendemain 6 heures, heure à laquelle le facteur quittait la Motte pour arriver à Saint‑Nazaire vers 11 heures le même jour. Il distribuait alors le courrier dans le village et revenait avec le courrier posté à Saint‑Nazaire, qui ne repartait de la Motte que le lendemain.

 

Les gens de Saint‑Nazaire se plaignaient de cette lenteur. Ce qui explique la réclamation plus haut mentionnée, destinée à obtenir une accélération (toute relative) de l'acheminement de la correspondance.

 

A l'ouverture du bureau, le personnel comprenait un receveur ou receveuse et cinq facteurs assurant au départ de Saint‑Nazaire les tournées de Brette, Pradelle (le seul à pouvoir utiliser une bicyclette), Rochefourchat, Saint‑Nazaire village et Petit‑Paris, Chalancon. Ce dernier facteur, qui assurait un relais avec le facteur de la Motte‑Chalancon, distribuait le courrier dans les fermes des Vigneaux.

 

      Le transport du courrier en voiture depuis Saillans avait entraîné la suppression de ce dernier poste. Son rétablissement fut demandé le 12 février 1899 en raison des retards dans les correspondances entre le chef‑lieu de canton et les communautés de la vallée de la Roanne. Il fut rétabli et fonctionna ainsi jusqu'en 1959. Le transport des dépêches et des voyageurs entre Saillans et Saint‑Nazaire était assuré par Sylvain Perrin avec des voitures à chevaux.

 

Il y eut plusieurs modèles de voitures, du genre diligence, à quatre roues, tirées par deux ou trois chevaux. Elles pouvaient transporter jusqu'à une douzaine de voyageurs. Les colliers des chevaux portaient de nombreux grelots signalant le passage de la voiture. Une boîte aux lettres était accrochée sur le côté droit du véhicule et l'on pouvait poster des lettres sur le parcours. Le départ du courrier avait lieu à Saint‑Nazaire à 6 heures du matin pour arriver à Saillans avant le passage du train descendant. La durée du trajet était d'environ trois heures pour un parcours de  28 km 600. Le retour dans la même matinée pour arriver à SaintNazaire vers 13 heures. Les chevaux qui avaient effectué le parcours du matin étaient remplacés à Saillans par ceux de la veille. Le courrier était trié et distribué le même jour l'été et le lendemain l'hiver.

 

je revois encore le facteur qui nous desservait (M. Dujet) et qui passait le soir après avoir fait sa tournée de Brette, soit la bagatelle d'une bonne vingtaine de kilomètres. Je revois son képi à cocarde tricolore, ses gros souliers cloutés, son sac en cuir, sa pèlerine bleue et, bien sûr, sa canne à pointe de fer.

 

Le service des transports de dépêches et de voyageurs a été ainsi assuré par Sylvain Perrin, jusqu'en 1922. Les tarifs étaient les suivants : voyageurs, aller ou retour, 2 F. ; colis, 0,25 F. ; marchandises, 1 F. par 100 kg.

 

La guerre finie, le conseil municipal donne, le 24 août 1919, son avis sur le repos hebdomadaire du personnel postal. Il demande que le bureau reste ouvert jusqu'à midi le dimanche et que les facteurs fassent leur tournée le matin.

 

L'ère de la traction des voitures avec des chevaux paraît révolue. Le conseil municipal examine le 30 août 1920 la question de l'établissement d'un courrier automobile Saint‑Nazaire ‑ Saillans.

 

Le 19 février 1922, il porte à 400 F. sa contribution pour le service autobus Saint‑Nazaire ‑ Saillans. Perrin père et fils, qui recevaient jusqu'ici 12 500 F., demandent que la subvention soit portée à 21 600 F. La part contributive des communes intéressées est de 1 940 F.

 

A partir de 1922, le transport des dépêches est donc assuré par voitures automobiles, l'entreprise étant soumise à adjudication. Il convient de noter, en particulier, les conditions du cahier des charges : les voitures devaient pouvoir atteindre la vitesse de 30 kilomètres à l'heure en palier, pour 15 kilomètres à l'heure sur l'ensemble du parcours('). Cette clause pourrait faire sourire certains de nos conducteurs actuels ; elle montre bien les progrès réalisés dans cette branche.

 

Depuis cette époque, soit depuis plus de soixante ans, le service a été ainsi assuré par véhicules automobiles. Plusieurs entrepreneurs se sont succédé : Sylvain Perrin, Paul Lamande, Marcel Arcolier. En 1984, c'est une compagnie départementale Drôme Cars. Le conducteur du car, basé à Saint‑Nazaire, part toujours à six heures et revient à 11 heures 30, mais n'assure plus que le transport des voyageurs et des colis. Le nombre des voyageurs a considérablement diminué, les habitants ayant tous une voiture.

 

Mais que de changements depuis un siècle: si le bureau de poste a été maintenu avec son facteur receveur faisant la tournée du village, les autres facteurs vont en voiture. Les tournées sont bien plus longues (80 à 100 km) et ils ne sont plus que deux. L'un fait la tournée Petit‑Paris, col de Muse, les Vigneaux, Villardon les Hubacs, Bertranne, puis Pradelle et Rochefourchat. L'autre, basé à Saillans, amène le courrier le matin vers 9 heures, fait ensuite la tournée Phébie, Montanègue, Brette, Aucelon, Pennes et retourne à Saillans. Une autre voiture ‑ sous contrat ‑, partant de Saillans l'après‑midi, vient chercher le courrier et repart pour Saillans vers 16 heures.

 

Si l'on compare les parcours effectués à pied, il y a cent ans, par les facteurs, à ceux de nos modernes préposés motorisés, on peut mesurer l'amélioration des conditions de travail.

 

Quand le conseil municipal discutait d'une tournée de 28‑30 km en un certain nombre d'heures, il entendait par là que c'était par beau temps. Qu'en était‑il: en hiver, lorsque la couche de neige atteignait 50 cm et davantage aux cois Jeannin (Il 018 m) ou de Faucon (Il 000 m) ? Les temps de parcours devaient être doublés ou triplés... Et quelle devait être la fatigue lorsque s'y ajoutait la tempête faisant tourbillonner la neige ?

 

Et maintenant, nous pourrions faire quelques statistiques.

 

Notre facteur de la Motte‑Chalancon à Saint‑Nazaire faisait donc ses 30 kilomètres quotidiens à pied. Il arrivait ainsi à un parcours mensuel de 900 km (approximativement la distance Dunkerque ‑ Toulon) et, à la fin de

 

(1 ) 13 novembre 1922.

La Poste Du Désert